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CHAPITRE II – HISTORIQUE DU TABLEAU
Poursuivons notre chemin au-delà de ses frontières.
En effet, au temps où la Gaule s’étendait bien au-delà de nos frontières actuelles, régna une dynastie divine d’environ 24 rois, dominant l’Europe et s’étendant bien au-delà des Alpes jusqu‘aux Pyrénées. Leur puissance était répartie en Egypte et en Grèce; ces Gaulois prirent le nom de Gala selon les Grecs, à cause de la blancheur de leur peau.
Le premier de ces rois, Dis ou Samothés, fondateur de la nation gauloise en l’année 1939 de la création du monde, soit 2114 avant J.C. et environ 300 ans après le déluge était considéré comme le dieu des Gaulois. Il était probablement le fils de Japhet et le petit-fils de Noé. Samothés régna en gaule pendant 47 ans. Il était un très grand savant et le plus sage homme de son temps. Il enseigna les sciences aux Celtes, nos anciens Gaulois. Il prit le surnom de Dis ou Pluton, dieu des enfers et des ténèbres. Premier patriarche des Gaulois, la légende nous dit qu’il avait découvert dans les Gaules des métaux, des entrailles de la terre, là où coulent de nombreuses sources qui vont se jeter dans la rivière que nous appelons l’Aude, anciennement du nom d’Atax.
„C’est sous le Xe de ces rois, De Galathe, roi des Gaules après l’an du monde 1677 avant J.C. et au même moment, Balacus roi des Assyriens un peu avant que Joseph décéda en Egypte – Hercules, non pas comme l’écrit Ammian Marcellin, le fils d’Amphytrion, ou plutôt de Jupiter et d’Alemena femme d’Amphytrion qui fut longtemps après, et auquel les Grecs attribuent les gestes de l‘autre.“ D’après le témoignage de Varron, il y a eu jusqu’à 43 Hercules, vivant tous en divers siècles et tous aussi grands et vaillants hommes. Il est problable que celui qui nous intéresse, soit celui qui est venu en Gaule pour combattre Albion et Bergion et qui se soit arrêté quelques temps. Il eut l’accointance d’une héroïne nommée Galatée, fille du roi des Gaules et d’Icelle et il eut un beau-fils qu’il nomma Galathe. Il convola aussi avec d’autres femmes gauloises. Il aima d’après la légende, la fille du roi Bebryces, du nom de Pyrène qui donna son nom aux Pyrénées. Cet Hercule arriva selon les uns en l‘an du monde 2300 ou avant la naissance de J.C. 1754. Les autres disent que cet Hercule vivait en l’an du monde 2810 ou avant J.C. 1244, peu après la fondation de Rome. Les enfants qu‘il laissa furent fondateurs d‘aucunes grandes villes de cette région. Par contre, la ville de Nimes dans le Languedoc, qui est en latin Némausu, retient encore le nom de son fondateur, fils même d’Hercule. D’ailleurs, Galathe fils d’Hercule subjugua aussi à cette partie de la Notalie qui de son nom fut appelée Galatée et depuis Gaule Grèce. Cela est notoirement fabuleux, car ces Galates ou Gaulois grecs de la Notalie sont extraits de ceux qui passèrent en Asie, environ 1500 après ce Galathe. Or Galathe, fils d’Hercule fut donc engendré sous le règne de Balacus, mais il commmença à régner sur les Gaulois, qu’au temps d’Altades, qui tint l’empire des Assyriens durant 32 ans.
Selon les auteurs Scipion Dupleix (l’histoire des gaules, 1627, vol.1, pp55-63) et Honoré Bouche (l’histoire de nos anciens Gaulois ou Celtes, 1664, pp256-257) et selon la plus probable opinion des théologiens, „le Paradis terrestre“ fut créé et logé aux confins de la Mésopotamie et vers ces régions qui sont arrosées des fleuves du Tygris et d’Euphrate; il n’était donc pas beaucoup éloigné de la mer Méditerrannée. Partant de l’idée que la propagation du genre humain a été faite à partir de l’an 1656 avant le déluge à toute l’étendue de la terre, comme quelques théologiens et interprètes de l’écriture l’estiment, il est plus vraisemblable que cette contrée, qui maintenant est nommée Provence, ait été habitée avec plus de raison qu‘aucune autre région des Gaules, et même que presque aucune autre région d’Europe. Et cela soit à cause de son plus grand voisinage et sa plus grande commodité de ses ports de mer, soit pour la plus grande douceur du ciel et la grande fertilité de la terre, mais aussi parce que dans l’Ecriture sainte, il n’est fait mention, durant les 16 premiers siècles avant le déluge que de fort peu de choses et de fort peu de personnes et de religions. Ce serait, à vrai dire qu‘insigne témérité et folie, de vouloir dire quelque chose de ce qui s’est passé en ce temps-là dans cette contrée, puisque nous n’en pouvons apprendre que de l’Ecriture sainte qui elle, n’en dit rien.
Or Poussin, afin de rendre véritable le voyage d’Hercule dans la cité antique de Rome et dans la Gaule où coule l’Atax, rivière de l’actuel département de l’Aude, il ne pouvait réaliser ce projet que sous le signe de la balance. Ce symbole représente l’équinoxe d‘automne ou celui du printemps, là où commence celui du bélier. A ces dates, le jour et la nuit... s’équilibrent(13). C’est à ce symbole que l’on peut ainsi rendre manifeste l’ésotérique, la réalité cachée de toute chose(14)...
Le plus antique lieu où se trouve un ancien village celte et où coule l’Atax porte le nom actuel de Rennes-le-Château, anciennement „Rhedae“. Ce haut-lieu a toutes les ressemblances topographiques du chemin du Pout ou Poux, au-dessus d’Esperaza, là où il y a eu l’un des premiers chemins de croix en Languedoc, sous les papes d’Avignon en 1377. Le long de la falaise, au versant Nord de cette cité, il y a deux passages reliant cette ville antique. La chaîne des Pyrénées Bugarach domine l’arrière-plan du paysage. De la tour visigothique de Fa, on peut aussi l‘apercevoir. Entre cette falaise et le bois dit „de Rennes“, les Espagnols rasèrent la ville basse de Rennes en 1170. Les croisées, sous la conduite de Simon de Montfort ravagèrent les pays d’Aude.
Rennes-le-Château reste donc une énigme sur la dynastie mérovingienne ou la descendance de Noé, sur l’origine du jardin des Hespérides, sur le mystère des Wisigoths ou le trésor de Jérusalem... Poussin se serait-il rendu à Rennes-le-Château aux environs de 1640-1642? Dans tous les cas, notre paysage est bien une juxtaposition de Rome et de Rennes-le-Château (parcelle cadastrale numéro 50 correspondant à la topographie du chemin du Pout, d’après les symboles indiqués sur le tableau).
Blanchefort, Caderonne, Coustaussa, Espéraza se trouvent rayées de la carte
III-Projet pour Charles-le-Brun
Nicolas Poussin recevait très souvent des croquis à la commande d’un projet, comme celui pour lequel on n’a pu encore élucider l‘énigme: le projet d’après une lettre de Louis Fouquet à son frère le surintendant des Finances, Nicolas Fouquet, en date du 17 avril 1656. Cette lettre a eté découverte en 1831 par M. Lepinois, conservateur des hypothèques de Clermont. Elle provenait de la famille Cossi-Brissac. M. Lepinois, membre de l’Académie Royale de Peinture, publia cette lettre lors d’une des séances de 1832. M. Lepinois a avancé l’hypothèse d’une fouille à Rome, ou d’un projet peint par Poussin à Vaux-le-Vicomte. Les deux projets en suspens sont des dessins de Charles-le-Brun. Quelques années après, Montaiglon a lui aussi avancé l’hypothèse de grandes fouilles archéologiques en quelques points de Rome ou dans le Tibre. Montaignon a conclu qu’il falllait chercher ailleurs la solution de ce mystère(16).
André Chastel était réduit aux mêmes hypothèses. Rien ne s’oppose à croire à ce grand projet de 1656, à ce paysage pour Charles-le-Brun en 1659. Cité par Félibien pour un très beau paysage, Florent-le-Comte nuance sur le titre: „le lointain est si beau si bien représenté qu’il y fait paraitre plus de lieux de chemin, que l’on peut en parcourir en un jour“. Or, dans le onzième travaux d’Hercule, il devait remplir sa mission avant le soleil couchant...(Florent le Comte, 1700)
Des investigations dans les archives des héritiers de Charles-le-Brun, en vue de retrouver quelques témoignages ou descriptions de cette toile, n’ont apporté aucune indication précise. Les oeuvres d’art se trouvant au château de Montmorency à Versailles n’ont point subit de vacation. D’après un acte du notaire Torinon du 10 décembre 1691 et d’après l’inventaire par les notaires Aimont et Torinon du 9 au 13 mai 1690, Verdier et Houasse restèrent les seuls héritiers. Houasse se sépara des tableaux.
Suzanne Butay, veuve de Charles-le-Brun, fit un testament le 13 septembre 1696 et institua pour seul héritier de sa collection d’oeuvres d’art son neveu François Verdier. L’inventaire par les notaires Vatry et Torinon n’apporte là encore rien de très précis, si ce n’est qu’à Pau, Mme le-Brun légua 6000 livres à Pierre Butay, artiste peintre de la ville de Pau et époux de Marie Desbarats. Ils eurent douze enfants. D’après son testament du 2 mars 1728 (notaire de Savigny), l’aîné Pierre de Butay, artiste peintre, était l’un des huit héritiers d’Antoinette Verdier(17).
La maison de la famille Butay (vendue le 17 avril 1782)
Ancien Hôtel de ville de Marciac, dans le Gers
Maison Abeilhé-N°cadastral 1742 de la ville de Marciac, Gers - Construite en 1844 et vendue au Crédit Agricol d’Auch le 23 novembre 1961. Le tableau se trouvait-là jusqu’en 1948, d’après des documents signés par les héritiers.
IV-La lignée Fouquet
Afin de déterminer s’il y a un lien entre la bibliothèque à Saint-Mandé de Nicolas Fouquet et l’énigme de ce tableau, il faut remonter à 1655 (Chéruel, dans ses mémoires sur Fouquet). Le frère de Fouquet, l’abbé Louis Fouquet, conseiller au parlement était chargé de surveiller notre ambassadeur De Lyonne et devait profiter de l’occasion pour acheter des objets d’art destinés à l’embellisement des maisons de Vaux et de St-Mandé. Déjà Poussin écrivait le 15 décembre 1655 à M. de Chantelou de ne point négliger l’affaire qui était entre les mains du ministre et, insistant le 23 décembre de la même année, Poussin, le 26 du mois, écrivait de nouveau au frère de Louis Fouquet qu’il s’occupait de cette affaire. Le peintre remerciait M. de Chantelou d’avoir mis la chose „en bon chemin“, comme les bons commencements disait-il promettent une bonne fin, j’espère que tout ira bien. M. Fouquet, qui est en cette ville, promet de s’y porter en homme zélé... Ainsi à la fin de 1655, Poussin était réduit à solliciter le paiement des travaux qu’il avait executés par ordre du roi, en 1643. L’abbé en tout cas, promettait beaucoup et témoignait d‘une vive admiration pour ses oeuvres. Il eut voulu en compensation “une paire de belles pièces, d’une grandeur de quelques sujets agréables et de son choix“ (lettre à son frère le surintendant de Rome, le 16 août 1655). Le malheur est qu’il fallait attendre longtemps et que le surintendant était pressé. Nicolas Fouquet songeait à tirer un profit plus immédiat de ses relations avec l’artiste et de son protecteur M. de Chantelou.
Les derniers envois d’oeuvres-d‘art en provenance de Rome se sont effectués sous François Maucroix, l’ami de la Fontaine. Il devait en 1661, comme l’abbé Fouquet, avoir deux buts comme mission: „il devait créer au surintendant des partisans à Rome et acheter pour lui des antiques, des peintures et des curiosités, en prenant conseil de l’abbé Elpidio-Benetti, agent de la France à Rome et l‘ancien homme d’affaires de Mazarin“(18). Or, Le Brun aurait eu ce paysage de Poussin, en ce premier trimestre 1661. C’est à ce moment-là qu’il exécuta au plafond de la bibliothèque de Saint-Mandé, „le soleil levant“. Chatelain ajoute, s’il faut en croire Guillet de Saint-Georges, que Le Brun se préparait en secret à cette mission! L’abbé Marolles parle dans ses mémoires de belles peintures que Fouquet avait fait exécuter à Saint-Mandé. Elles étaient accompagnées de devises en français par la Fontaine, et de devises en vers latins par Nicolas Gervaise, médecin et ami du surintendant. Sur la vente de cette biliothèque en 1667, Jean Cordey nous dit qu’il y avait „plusieurs figures du Brun“. Il s‘agit d‘un recueil de projets et d’études par le peintre le-Brun, donné à Fouquet, et qu‘il serait bien intéressant de retrouver un jour!(19) Après la vente du mobilier, la bibliothèque Saint-Mandé restera fermée jusqu’en 1705(20). Elle était devenue un asile de prières aux religieuses hospitalières de Chantilly. On possède seulement un état des lieux du 26 février 1790. Pendant la période de la nouvelle urbanisation, tout le domaine de Nicolas Fouquet a été rasé entre 1861 et 1875. On ne possède donc aucun document intérieur ou extérieur de ce domaine, qui laisserait une ombre sur notre histoire...
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